Cher M. ,
Je rentre de chez le tatoueur. J’ai fait inscrire ton nom au creux de mes reins, à l’endroit même où ton index aimait tellement se promener après l’amour.
Tu sais, j’ai bien reçu ton faire-part, j’espère que la cérémonie s’est bien passé. J’ai longtemps hésité puis finalement j’ai renoncé. Voir que tu en aimes une autre au point de l’épouser c’est rendre mon désespoir bien réel et je ne suis pas prête à l’admettre. Je suis trop fière pour me rendre compte que tu m’as détruite. C’est pour ça qu’à la place, je suis allée faire ce tatouage. Le tatoueur m’a demandé si c’était le nom de mon mari. J’ai répondu non, c’est celui de l’homme que j’aime encore.
J’avais 16 ans, tu en avais 25. Tu n’étais pas encore tout à fait un homme, je sais maintenant que je n’étais qu’une enfant. Aujourd’hui j’en ai presque 21, et toi 30. Et comme la plupart des mecs de 30 ans tu te marries. Mais moi je ne suis pas comme la plupart des filles de 21 ans. Je ne suis pas comme elle.
Je la déteste et je m’en veux de tellement l’envier. Tu ne seras pas heureux. Elle n’a pas ma malice, mon sourire et nos souvenirs. J’aurais tellement voulu avoir le courage de venir te voir épouser cette fille. J’ai imaginé tant de fois le dialogue que nous aurions pu avoir.
« Je suis heureux que tu sois venue tu sais, que tu viennes partager mon bonheur »
« Je suis venue pour te voir. Tu me manquais. J’ai toujours pensé que ce jour ne viendrait jamais alors j’ai préféré y assister pour rendre tout cela bien réel »
« Tu parles comme si nous nous étions séparés hier. Comme si le temps n’avait pas d’emprise sur toi »
« Non, le temps n’a pas d’emprise sur nous. Sur ce que je ressens pour toi »
« Tu es venue accompagnée ? »
« Non, j’ai eu du mal à choisir »
« Ah tu profites toujours autant de la vie à ce que je vois »
« Tu trouves que j’ai l’air heureuse pour quelqu’un qui profite de la vie ? »
« Tu es très belle si c’est ce que tu veux savoir. Je me souviens de ce que j’ai aimé en toi dans cet audacieux choix d’une robe blanche. Mais aussi de ce que j’ai détesté. Ta puérilité.»
« Embrasse-moi alors s’il te plaît. Au moins en souvenir du passé, embrasse-moi au nom de ce que tu as aimé chez moi et disons-nous définitivement adieu »
« Je ne suis pas fou »
« Tu en as envie ? »
« La question n’est pas là et puis merde, c’est le jour de mon mariage si tu ne l’avais pas remarqué »
« Et alors ? Mais si tu ne veux pas la tromper maintenant, j’attendrai tu sais. Je t’attendrai »
« Tu sais, si je t’aimais encore, c’est toi que j’aurais épousé aujourd’hui. Si tu m’aimes tant, fais-moi plaisir. Vis, aime, ne te retourne plus vers nous. »
« Mais je vis tu sais. Je suis même surement plus vivante que quiconque tellement je baise »
« Ne parle pas comme ça »
« Tu vois ça, c’est ce que j’aimais chez toi. Ta manière de me donner des conseils qui ressemblent à des ordres. Je suis sûrement trop passionnée et tu étais la raison qui faisait que j’étais droite. Alors ne me dis plus ce que je dois faire si tu n’es plus là pour le surveiller. Depuis toi je déraille. Je me fais prendre par des mecs dégueulasses dont je ne me souviens même pas du nom tellement je suis bourrée. Mes culottes trainent dans les quatre coins de Paris. Je faisais la salope à tous les comptoirs pendant que toi tu tenais la main de ta sainte-nitouche. Tu vois je ne t’obéis plus. »
Voilà, je n’ai jamais eu le courage des paroles, seulement des mots. J’ai imaginé ce que tu aurais pu me dire mais je sais bien que tu aurais été plus dur que ça, et moi en face de toi j’aurais été beaucoup plus faible. Tu sais, finalement je ne l’envie pas tant que ça, vous divorcerez sûrement mais moi je porterai éternellement ton nom. Au creux de mes reins.
L.