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29

May

« Depuis ta plus tendre enfance, tu étais animée par un désir sourd de plaire et d’être vue. C’est pour ça que je ne te mettais que des robes et que tu as été la seule de mes filles que j’emmenais chez le coiffeur tous les mois. Un joli carré entourait ton visage d’enfant qui se fermait lorsque tu estimais ne pas avoir toute l’attention que tu méritais. Dès lors que l’on ne te parlait pas, tu étais comme seule au monde. Tu sais, je suis ta mère mais je ne t’ai jamais vraiment comprise.

Pas plus que je ne comprends pourquoi, à ton âge, il semble n’avoir eu aucun homme dans ta vie. Tu es jolie, et intelligente, je dis sûrement ça parce que tu es ma fille mais le plus important pour moi et que tu sois heureuse. Mais je ne pense pas que tu le sois.

Un jour je passais dans ton quartier et j’ai voulu te rendre visite. Il devait être huit heures du matin, j’ai vu un taxi te déposer devant la porte de l’immeuble. Ton éternel carré était tout ébouriffé, tes yeux immenses qui faisaient ma fierté étaient cernés de noir et ta robe était plus courte que celles que tu mettais à dix ans.

Je t’attends ce week-end, c’est la fête des mères tout le monde sera là. Et ton père aimerait beaucoup te voir tu sais. Tu te perds et tu nous manques. »

Une seule pensée me vint à l’esprit : déménager et disparaitre. J’aimerais tellement être pour tout le monde ce que je suis pour tous ces hommes: une parfaite inconnue.

21

May

Je reste là, je bousille et gâche tout. J’ai essuyé d’un revers de main arrogant et inconscient l’amour inconditionnel de quelques-uns. Je ne sais plus comment hier encore, j’ai pu, avec une joie certaine me vautrer dans la fange, me laisser aller à tellement de jeux sales et étranges. Et pourtant tout cela je l’ai voulu. Profondément. J’en avais besoin de ce défilé de corps masculins. J’avais besoin de ces odeurs, besoin de leurs regards, envie de leur désir. Mais il est tard ce soir, demain est un autre jour. Mais un jour identique à tous les autres qui verra ce dégoût de moi-même s’envoler jusqu’à la nuit tombée. Cela doit être ça l’éternité, avancer en détestant ce que l’on fait.

09

May

Cher M. ,

Je rentre de chez le tatoueur. J’ai fait inscrire ton nom au creux de mes reins, à l’endroit même où ton index aimait tellement se promener après l’amour.

Tu sais, j’ai bien reçu ton faire-part, j’espère que la cérémonie s’est bien passé. J’ai longtemps hésité puis finalement j’ai renoncé. Voir que tu en aimes une autre au point de l’épouser c’est rendre mon désespoir bien réel et je ne suis pas prête à l’admettre. Je suis trop fière pour me rendre compte que tu m’as détruite. C’est pour ça qu’à la place, je suis allée faire ce tatouage. Le tatoueur m’a demandé si c’était le nom de mon mari. J’ai répondu non, c’est celui de l’homme que j’aime encore.

J’avais 16 ans, tu en avais 25. Tu n’étais pas encore tout à fait un homme, je sais maintenant que je n’étais qu’une enfant. Aujourd’hui j’en ai presque 21, et toi 30. Et comme la plupart des mecs de 30 ans tu te marries. Mais moi je ne suis pas comme la plupart des filles de 21 ans. Je ne suis pas comme elle.

Je la déteste et je m’en veux de tellement l’envier. Tu ne seras pas heureux. Elle n’a pas ma malice, mon sourire et nos souvenirs. J’aurais tellement voulu avoir le courage de venir te voir épouser cette fille. J’ai imaginé tant de fois le dialogue que nous aurions pu avoir.

« Je suis heureux que tu sois venue tu sais, que tu viennes partager mon bonheur »

« Je suis venue pour te voir. Tu me manquais. J’ai toujours pensé que ce jour ne viendrait jamais alors j’ai préféré y assister pour rendre tout cela bien réel »

«  Tu parles comme si nous nous étions séparés hier. Comme si le temps n’avait pas d’emprise sur toi »

« Non,  le temps n’a pas d’emprise sur nous. Sur ce que je ressens pour toi »

«  Tu es venue accompagnée ? »

«  Non, j’ai eu du mal à choisir »

«  Ah tu profites toujours autant de la vie à ce que je vois »

« Tu trouves que j’ai l’air heureuse pour quelqu’un qui profite de la vie ? »

« Tu es très belle si c’est ce que tu veux savoir. Je me souviens de ce que j’ai aimé en toi dans cet audacieux choix d’une robe blanche. Mais aussi de ce que j’ai détesté. Ta puérilité.»

«  Embrasse-moi alors s’il te plaît. Au moins en souvenir du passé, embrasse-moi au nom de ce que tu as aimé chez moi et disons-nous définitivement adieu »

« Je ne suis pas fou »

« Tu en as envie ? »

« La question n’est pas là et puis merde, c’est le jour de mon mariage si tu ne l’avais pas remarqué »

« Et alors ? Mais si tu ne veux pas la tromper maintenant, j’attendrai tu sais. Je t’attendrai »

« Tu sais, si je t’aimais encore, c’est toi que j’aurais épousé aujourd’hui. Si tu m’aimes tant, fais-moi plaisir. Vis, aime, ne te retourne plus vers nous. »

« Mais je vis tu sais. Je suis même surement plus vivante que quiconque tellement je baise »

«  Ne parle pas comme ça »

« Tu vois ça, c’est ce que j’aimais chez toi. Ta manière de me donner des conseils qui ressemblent à des ordres. Je suis sûrement trop passionnée et tu étais la raison qui faisait que j’étais droite. Alors ne me dis plus ce que je dois faire si tu n’es plus là pour le surveiller. Depuis toi je déraille. Je me fais prendre par des mecs dégueulasses dont je ne me souviens même pas du nom tellement je suis bourrée. Mes culottes trainent dans les quatre coins de Paris. Je faisais la salope à tous les comptoirs pendant que toi tu tenais la main de ta sainte-nitouche. Tu vois je ne t’obéis plus. »

Voilà, je n’ai jamais eu le courage des paroles, seulement des mots. J’ai imaginé ce que tu aurais pu me dire mais je sais bien que tu aurais été plus dur que ça, et moi en face de toi j’aurais été beaucoup plus faible. Tu sais, finalement je ne l’envie pas tant que ça, vous divorcerez sûrement mais moi je porterai éternellement ton nom. Au creux de mes reins.

L.

05

May

Spleen

Tout doucement je m’éteins, volontairement, je me bats pour cesser d’espérer. L’espoir me tuera si je ne réagis pas, je ne veux plus de ce cœur qui m’a tant de fois trompé. Je ne veux plus de ce cerveau qui tant de fois m’a empêché de vivre, d’aimer et de rire. C’est un combat contre moi-même, contre mon caractère que je dois mener désormais, à chaque seconde de chaque nouveau jour. Et j’écris, de plus en plus j’écris. Mais écrire ne ramènera jamais ce que j’ai détruit. J’ai appris que les paroles détruisent mais que les mots ne guérissent pas.

 M’imaginant mille scénarii, je vis dans un monde que je n’ai plus envie de m’approprier. Je vis, c’est tout ; je vis et je vois le monde tourner autour de moi. Rire de mes rêves. La paresse m’aura. Tout va trop vite et moi je n’ai plus le temps d’ouvrir la boîte de mes rêves, je ne veux pas les voir se transformer en espoirs déçus. Je les laisse là, je les contemple chaque jour. Je les imagine mais jamais je ne les confronterais à ce monde trop faux. Mes rêves sont trop précieux pour pouvoir être vécus. Je rêve et cela me suffit. Et la réalité elle se venge, jamais je n’ai eu l’impression de vivre dans un rêve, encore moins dans un cauchemar. Voguant entre les deux, dans une médiocrité qui m’accable ma vie mue légèrement en un sanglot interminable.

Partir. Un cliché libérateur. Je suis déjà partie mille et une fois et toujours revenue au petit matin. Entre chien et loup, le départ est plus facile et promet mille et une expériences en attendant la gifle d’une aube à chaque fois plus glaçante.  La souffrance d’une journée aussi longue qu’un bagne et savoir que demain c’est déjà aujourd’hui. Ignorant les extrêmes, on ne me demande que de vivre, à cet ordre qui commande tous les autres j’obéis. Depuis toujours j’obéis. 

01

May

Je n’essaie de ne pas faire de la psychologie de comptoir, de penser à mon père, de me dire que peut-être il n’a pas été assez là. Que je n’ai eu pas assez de ces bras ou de ces encouragements, qu’il ne me laissait jamais toucher à son nœud Windsor. Qu’à vingt ans maintenant j’ai passé plus de temps sur les genoux d’autres hommes que sur les siens. Je ne lui en veux pas parce qu’il a toujours été là au moment de payer, moins au moment de m’aimer. Ça ne sert à rien de dire ça parce que j’ai connu des hommes qui avaient ton âge Papa mais je ne t’ai jamais retrouvé dans leurs bras.

Je n’essaie de ne pas faire de la psychologie de comptoir, de penser à mon père, de me dire que peut-être il n’a pas été assez là. Que je n’ai eu pas assez de ces bras ou de ces encouragements, qu’il ne me laissait jamais toucher à son nœud Windsor. Qu’à vingt ans maintenant j’ai passé plus de temps sur les genoux d’autres hommes que sur les siens. Je ne lui en veux pas parce qu’il a toujours été là au moment de payer, moins au moment de m’aimer. Ça ne sert à rien de dire ça parce que j’ai connu des hommes qui avaient ton âge Papa mais je ne t’ai jamais retrouvé dans leurs bras.

27

Apr

Il avait l’âge que j’adorais : 35 ans. Mais il m’est apparu mou, au physique entre le commun et l’ingrat. Calvitie naissante, regard désabusé de l’homme marié en quête d’excitation et de danger mais qui n’a qu’une seule phrase à la bouche : seulement la semaine, jamais le WE. Classique.

Il avait choisi un pseudo taillé pour attirer les filles en manque de gloire, les limaces jamais sorties de leur chrysalide : luxe75. Je l’ai rencontré sur internet. «  Viens demain on déj au Flore » me disait-il. « Puis on ira Faubourg Saint Honoré et même avenue Montaigne ensuite. Je te jure je ne te touche pas, laisse-moi juste t’envelopper de soie. »

Que les choses soient bien claires : j’adore les mecs tordus. Pas pervers non. Mais ces hommes qui assument leurs défauts et exploitent leurs travers. Je préfère prendre le risque du danger plutôt que supporter une insipidité certaine.

Il me trouvait arrogante mais à 20 ans j’avais le droit. J’avais devant moi ces 15 ans qu’il n’avait plus et c’est ce qui m’excitait le plus. J’ai donc accepté le déjeuner et j’ai constaté qu’il savait se tenir. Puis j’ai eu droit à des tenues dont la veille encore je rêvais. Je n’ai aucun problème avec ça et si vous, mesdemoiselles,  vous pensez que je suis une pute je vous renvoie à la définition de l’hypocrisie ou à celle, aussi bien connue de vous, de l’envie. Quant à vous messieurs, rien, vous devez déjà être accablés par votre incapacité à ne pas pouvoir en faire de même.

Puis je suis rentrée chez moi, j’ai regardé tous ces sacs, ces vêtements que je porterai sûrement. Oui je les porterai les soirs ou je voudrais mettre mon âme aux vestiaires des boîtes de nuit qui me voyaient me déhancher  sans retenue jusqu’à l’aube. J’étais au plus bas, jamais je ne m’étais sentie aussi sale, aussi mal. Et pourtant je revoyais Jean pour les mêmes séances de resto/shopping. J’ordonnais toujours, il payait à chaque fois. Puis je rentrais, m’habillais avant de sortir m’enivrer. La plupart du temps seule.

Mais cela fait un mois maintenant que mon lit n’a pas reçu de visiteurs. Même ivre morte, je ne parvenais pas à me donner. Ce pouvait-il que l’on soit épuisé ? Ou étais-je seulement épuisée de vivre ? Je crois. Parce que finalement, les existences légères sont celles qui demandent le plus d’efforts. Il faut savoir s’aimer tout au long du vide de nos existences pour se supporter éternellement. Et ce vide je le ressentais, tant cela fait longtemps qu’un homme ne m’a pas serré dans ses bras. Pour une fois que je n’ai pas envie de coucher. Vous voulez un cliché ? La tendresse est tellement plus difficile à trouver que le sexe. Oui mais ça moi, je l’ignorais.

24

Apr

Quand un mec me dit « je te jure ça ne m’est jamais arrivé avant, je suis trop désolé, je ne sais pas ce qui se passe », généralement je n’y crois pas.

Alors je ne vous en veux pas si vous ne me croyez pas mais voilà : j’ai une panne d’inspiration.

Et je ne vais pas m’obstiner comme certains au risque de bander mou (comprenez : écrire comme un manche). Je préfère de ce pas aller rendre cette vie plus excitante afin de pouvoir vous honorer correctement à l’avenir.

20

Apr

Qu’est-ce qui t’attire dans tout ça ? C’est quoi le but ?
C’est le souffle, cet ultime souffle de contentement qui me donne une impression d’éternité. C’est la boucle de la ceinture et le bruit qu’elle fait quand elle tombe. C’est l’intensité du regard de ce mec dont je ne sais rien ou presque. L’élégance avec laquelle il se rhabille et la manière dont il prend soin de reboutonner sa chemise, de refaire ses lacets. Mais l’instant que je préfère et que j’attends, c’est entendre la porte se fermer et écouter les pas s’éloigner.

Qu’est-ce qui t’attire dans tout ça ? C’est quoi le but ?

C’est le souffle, cet ultime souffle de contentement qui me donne une impression d’éternité. C’est la boucle de la ceinture et le bruit qu’elle fait quand elle tombe. C’est l’intensité du regard de ce mec dont je ne sais rien ou presque. L’élégance avec laquelle il se rhabille et la manière dont il prend soin de reboutonner sa chemise, de refaire ses lacets. Mais l’instant que je préfère et que j’attends, c’est entendre la porte se fermer et écouter les pas s’éloigner.

13

Apr

Schizophrénie quand tu nous tiens. Hier je rêvais d’un idéal qu’aujourd’hui je conspue. Je me répète, je vous embête et je me perds. Hier j’étais pleine de bonnes résolutions, prête à oublier le chaos du passé, à enfiler un beau tablier au dîner et le soir un string attendu. J’étais prête à avoir le sourire aux lèvres, à sauter dans ses bras, à piquer les frites dans son assiette et à lui dire avec un sourire en coin : « t’sais qu’jt’aime toi ? »

Et puis ce matin je me suis levée et tout a changé. Mon lit est trop grand et je suis top égoïste pour que je consente à le partager. Et lui il est là, il assiste à tous mes revirements, bande puis débande brusquement parce que mon discours a sur lui bien plus d’effet que cent douches froides.

Alors oui aujourd’hui j’en suis sûre, je  veux pouvoir rendre son sourire à un mec dans la rue, je veux pouvoir badiner  avec un inconnu au bout d’un comptoir et lancer des regards obliques à tout va.

Suis-je une garce ? Peut-être bien, mais après tout quelle importance ? J’ai la conviction que si je n’appartiens qu’à un seul je ne suis que son esclave et pas une reine. Alors je reprendrai ma liberté aussi longtemps que l’amour m’ignorera. Et puis on verra.

10

Apr

Dans “My week with Marylin” ils disent “le premier amour est un doux désespoir”.  

J’ai hésité entre rire et pleurer. Finalement j’ai souri avant de  penser, “doux euphémisme”.